Emmanuel d’INCAU (Bordeaux)
Les DTM : (R)évolution des concepts
Les dysfonctionnements temporomandibulaires (DTM) constituent un domaine clinique paradoxal: malgré des classifications validées, des données épidémiologiques solides et des recommandations convergentes, leur étude et leur prise en charge restent controversées.
Ces controverses ne traduisent pas un manque de connaissances, mais résultent d’une accumulation de biais cognitifs,
méthodologiques et organisationnels qui limitent la diffusion des bonnes pratiques.
L’ancrage cognitif, les biais de confirmation et l’illusion de causalité conduisent à des lectures réductrices des symptômes et des mécanismes physiopathologiques.
Sur le plan méthodologique, des limites d’expertise clinique ou de données disponibles, ainsi que la confusion entre objectifs de recherche et objectifs cliniques, compliquent l’interprétation. La surutilisation et la surinterprétation des examens complémentaires, la réification des anomalies favorisent le surdiagnostic, tandis que les approches mono-disciplinaires et une définition inadaptée du succès thérapeutique freinent l’harmonisation des pratiques.
Comme le souligne Thomas Kuhn, les cadres conceptuels influencent la perception et l’évaluation des phénomènes; dans le cas des DTM, ils conditionnent l’interprétation des faits et la mise en œuvre des traitements.
Cette présentation identifie ces biais et limites, en montre les conséquences cliniques, et propose une approche critique, éthique et intégrative centrée sur le patient, reliant les données scientifiques à la réalité clinique et humaine. L’objectif est de comprendre pourquoi, malgré un corpus factuel existant, la diffusion des bonnes pratiques reste parcellaire et sujette à débat.
Audrey CHANLON (Bordeaux)
DTM Musculaires et/ou Articulaires : les Clefs du Diagnostic
Les désordres temporo-mandibulaires (DTM) recouvrent des tableaux cliniques variés, dont les formes musculaires et
articulaires sont les plus fréquentes.
Cette intervention propose une démarche clinique structurée pour différencier ces entités, en s’appuyant sur les signes et symptômes clés, les tests fonctionnels validés et les éléments du diagnostic différentiel.
L’objectif est de guider les praticiens dans une orientation raisonnée, fondée sur les critères du DC/TMD et une évaluation bio-psycho-sociale adaptée.
Yves BOUCHER (Paris)
Douleur associée aux DTM : des Signes et Symptômes aux Mécanismes
Cette présentation vise à exposer les mécanismes physiopathologiques sous-tendant les signes cliniques des DTM, afin
de mieux comprendre et prendre en charge ces pathologies complexes.
Une attention particulière sera portée aux DTM douloureux, aigus et chroniques qui posent le plus de problèmes de prise en charge.
Mécanismes inflammatoires, nociplastiques, modulation hormonale, déterminants psycho-sociaux etc. le but de cette présentation est de simplifier la complexité pour la transformer en concepts opérationnels en pratique clinique quotidienne.
Justine LECLÈRE (Reims)
Examens Complémentaires : Amis ou Ennemis?
Les données recueillies lors d’un examen clinique dans le cadre de dysfonctionnements temporo-mandibulaires (DTM)
peuvent parfois s’avérer non concluantes. Afin d’aider le praticien dans sa démarche diagnostique, plusieurs types de
dispositifs ont été développés en marge de l’examen clinique initial.
Quel est leur intérêt ? Ont-ils une validité diagnostique ? A quel type de DTM s’appliquent-ils ?
Nous tenterons de répondre à ces questions durant cette conférence où les dispositifs existants seront répertoriés suivant leur objectif : évaluer l’intégrité des tissus musculosquelettiques, analyser la cinématique mandibulaire ou encore enregistrer l’activité musculaire. Chaque dispositif sera décrit afin de faire le point sur le type de DTM auquel il s’adresse, sa validité diagnostique, sa place et son intérêt dans notre pratique quotidienne, ainsi que l’état actuel des connaissances à ce sujet
Jens TÜRP (Bâle)
Analyse de la Relation entre Occlusion & DTM : Que reste-t-il de nos amours?
Depuis près d’un siècle, la diversité des concepts relatifs aux relations occlusales « normales » et « idéales » est source de confusion au sein de la communauté dentaire. Une controverse similaire existe également quant à la relation entre l’occlusion et les désordres temporomandibulaires (DTM).
Cependant, l’application des neuf critères de causalité de Hill montre que les preuves d’une relation causale entre les variables liées à l’occlusion et les signes ou symptômes des DTM sont faibles. Seul le bruxisme, la perte de soutien postérieur et l’occlusion croisée postérieure unilatérale ont systématiquement été signalés dans toutes les études. À l’inverse, plusieurs caractéristiques occlusales semblent être des conséquences des DTM et non des causes.
De plus, il est souvent difficile d’établir la plausibilité biologique d’une étiologie occlusale, car les DTM sont beaucoup plus fréquents chez les femmes que chez les hommes. L’amélioration des symptômes après la mise en place d’une gouttière ou d’un ajustement occlusal ne prouve pas l’existence d’une étiologie occlusale, car cette amélioration peut résulter d’un changement de la relation intermaxillaire induit par l’appareil. De plus, les symptômes s’atténuent souvent même sans traitement.
Les patients ayant des antécédents de DTM peuvent présenter un risque accru de développer des symptômes de DTM;
toutefois, il est plus judicieux de se concentrer sur les caractéristiques non occlusales connues pour prédisposer, déclencher ou perpétuer ces troubles.
Jean-Arthur MICHOULAUD FRANCHI (Bordeaux)
Qu’est-ce qu’un DTM pour un Psychiatre?
Céline BODÉRÉ (Brest)
La Fibromyalgie : La Maladie du stress!
Après avoir défini les différents stress, je décris les effets du stress sur l’organisme, en particulier sur l’état de douleurs
diffuses (fibromyalgie).
Cette analyse permet de comprendre pourquoi la fibromyalgie ne doit plus être considérée comme une maladie rhumatologique mais comme un dysfonctionnement de la neuro-modulation de la douleur. Ce fait explique l’absence d’objectivation des douleurs.
La douleur est nociplastique, caractérisée par un double mécanisme de sensibilisation centrale et périphérique. Ceci explique qu’il existe une forte comorbidité entre les douleurs orofaciales et la fibromyalgie.
Après avoir présenté les mécanismes physiopathologiques, je décris les caractéristiques complexes parfois confondantes de la fibromyalgie et les critères de diagnostique scientifiquement validés. Enfin, je propose des prises en charge fondées sur les mécanismes physiopathologiques.
La présentation d’un patient et de sa prise charge pluridisciplinaire au Centre d’Etude et de Traitement du CHU de Brest et dans le Service de médecine buccale et Odontologique de Brest conclue cette présentation et fait la jonction entre les douleurs orofaciales buccales et les douleurs diffuses.
Nathan MOREAU (Paris)
DTM, Céphalées & Cervicalgies : Des douleurs «dans la tête»?
Une association est fréquemment observée entre bruxisme, dysfonctionnements temporo-mandibulaires, cervicalgies et céphalées en pratique quotidienne. Cependant, la nature de cette association n’est toujours pas parfaitement élucidée à ce jour. Corrélation ou causalité ? Le débat persiste.
La compréhension des mécanismes physiopathologiques reliant ces différentes pathologies est importante car elle se traduit par des perspectives thérapeutiques concrètes pour les patients. En identifiant la contribution de chacune de ces pathologies comorbides, le praticien peut ainsi proposer une stratégie thérapeutique adaptée et personnalisée à chaque patient, améliorant ainsi la prise en charge de tableaux douloureux oro-faciaux et céphaliques souvent complexes.
Cette conférence a ainsi pour objectif de faire une mise au point, à destination de tous les praticiens, sur les liens pouvant exister entre DTM, céphalées et cervicalgies, tant dans la littérature scientifique que dans la pratique quotidienne au sein d’une consultation spécialisée.
Céline MELIN (Clermont-Ferrand)
Les DTM : Concepts de Prise en Charge
Les dysfonctionnements temporo-mandibulaires (DTM) sont fréquents avec une prévalence de 34% chez l’adulte (DTM
douloureux et non douloureux) et une incidence de 4%. Il est important de souligner que 50 % des patients souffrant de DTM douloureux développent une chronicité, ces troubles représentant ainsi la première cause de douleurs orofaciales chroniques. Leur prise en charge constitue donc un défi majeur, tant pour soulager les patients que pour prévenir cette chronicisation.
Les avancées des connaissances scientifiques ont considérablement amélioré notre compréhension de la physiopathologie des DTM. Parallèlement, les concepts de prise en charge ont aussi évolué. Cependant, les données scientifiques foisonnantes, mais de qualité très hétérogènes tendent à générer de la confusion chez les chirurgiens-dentistes en 1ère ligne dans la prise de ces dysfonctionnements.
Au cours de cette présentation, nous explorerons les progrès réalisés par la science au fil du temps. Initialement, ces dysfonctions étaient perçues comme des problèmes purement mécaniques, ce qui conduisait à des traitements basés sur la technicité, souvent invasifs. L’amélioration de la qualité des données scientifiques a permis de remettre en question cette vision simpliste et de proposer une approche plus complexe, prenant en compte les facteurs biopsychosociaux. Les traitements se sont alors orientés vers des approches plus conservatrices, mais souvent encore focalisées sur des interventions locales et symptomatiques.
Enfin, des études de grande envergure on permis une perspective plus globale des DTM, en approfondissant la compréhension de leurs facteurs étiologiques, d’entretien et de chronicisation. Le passage d’une vision très locale et focalisée à une vision plus globale ouvre la voie à une médecine plus intégrative et individualisée, dans laquelle le patient devient un acteur central de sa prise en charge, avec une attention particulière portée à l’identification et à la gestion des facteurs étiologiques.
Mathilde CABON (Lorient)
Motus & Bouche Cousue : vers qui se tourner pour démêler les fils?
Le rôle du psychologue dans l’accompagnement des DTM.
Cette intervention vise à présenter les différentes approches psychothérapeutiques adaptées à la prise en charge en charge des DTM afin d’aider les praticiens à orienter les patients en fonction de l’identification de signes psychologiques
pertinents
Caroline ALVARADO FAYSSE (Lyon)
Kinésithérapie & DTM : du Bilan à la Motivation jusqu’à la Réorientation
Pour une prise en charge physiothérapique des DTM, il convient de pratiquer un bilan complet des volets articulaires, musculaires de l’ATM.
Mais la prise en charge de se contentera pas de cet unique versant somatique.
Les facteurs psycho-sociaux seront aussi explorés, jusqu’à aller questionner la motivation du patient douloureux, puisque la rééducation demandera au patient de s’impliquer dans un schéma d’auto-rééducation de la région et de réhabilitation plus générale.
Devant l’absence de résultat, alors que la rééducation est bien menée, et que l’observance du patient est de bonne qualité, il conviendra de réadresser le patient à un professionnel de santé.
Nous vous proposerons de réfléchir au modus operandi de la réorientation.
Anaïs LE FUR BONNABESSE (Brest)
Réadaptation à l’Effort : le Corps dans son Ensemble
Les dysfonctionnements temporo-mandibulaires (DTM) représentent le deuxième trouble musculo-squelettique (TMS) le plus fréquent après la lombalgie chronique, partageant avec cette dernière des mécanismes physiopathologiques et des facteurs de risque communs.
Pourtant, contrairement à la lombalgie — où l’activité physique aérobie est reconnue comme un pilier de la prévention et du traitement — le potentiel de l’exercice physique global est souvent négligé dans l’arsenal thérapeutique des DTM.
Cette conférence vise à démontrer l’intérêt de l’activité physique dans la prise en charge des DTM et à proposer des outils concrets pour les chirurgien.nes-dentistes afin de promouvoir ces pratiques auprès des patient.es.
Cette intervention invite à repenser la prise en charge des DTM dans une approche globale, inspirée des stratégies éprouvées pour les autres TMS, et à renforcer la collaboration interdisciplinaire (dentistes, kinésithérapeutes, professionnel.les du sport).
Vianney DESCROIX (Paris)
Prise en Charge des DTM : Place des Traitements Médicamenteux
Les dysfonctionnements temporo-mandibulaires (DTM) constituent un ensemble hétérogène d’affections musculo-squelettiques dont la douleur est le principal motif de consultation. Les traitements médicamenteux y sont largement utilisés, bien que leur efficacité comparative et leur place réelle dans la stratégie thérapeutique restent discutées.
Les données récentes de la littérature montrent qu’aucune classe médicamenteuse ne peut être considérée comme un traitement de première intention universel. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens conservent une place dans les douleurs aiguës ou inflammatoires, sous réserve d’une prescription courte et prudente. Les myorelaxants, antidépresseurs et anticonvulsivants peuvent être indiqués dans certaines formes musculaires ou chroniques, en fonction du type de douleur et des comorbidités associées. À l’inverse, les opioïdes et les benzodiazépines présentent un rapport bénéfice-risque défavorable et doivent être évités autant que possible.
La pharmacothérapie doit ainsi être envisagée comme un traitement adjuvant, intégré à une prise en charge globale reposant sur un diagnostic précis, les thérapies fonctionnelles, la physiothérapie et l’éducation du patient, dans le cadre d’une approche multimodale et individualisée.
Nicolas FOUGERONT (Paris)
Les Orthèses : Toujours d’Actualité?
L’usage des orthèses occlusales est très répandu dans la prise en charge des dysfonctionnements temporo-mandibulaires (DTM) douloureux, sans pour autant bien connaître le ou les mécanismes par le(s)quel(s) celles-ci agiraient dans la résolution des symptômes.
Outre l’effet placebo, les orthèses pourraient avoir des effets spécifiques, mais ils ne sont pas prouvés. Ici, les hypothèses sont analysées de manière critique et certaines sont retenues.
Cette incertitude quant à leur effet thérapeutique corrobore les résultats équivoques des études cliniques rigoureuses et de leurs revues systématiques qualitatives ou quantitatives (méta-analyse).
Les orthèses sont souvent efficientes (résultat positif décrit par le patient) au moins à court terme, mais elles ne semblent pas être efficaces (pas de véritable effet thérapeutique). D’un point de vue comparatif, la rééducation fonctionnelle sera aussi envisagée.
Celle-ci peut être une alternative ou un complément à l’orthèse occlusale. Cependant, connaissant les limites des or-
thèses, elles demeurent utiles dans la prise en charge des DTM.
Emmanuel d’INCAU-Anaïs LE FUR BONNABESSE-Caroline ALVARADO FAYSSE
LES DTM EN 2026 : «THINK OUTSIDE THE BOX» !